Réponse collective aux violences intrafamiliales
Le lundi 12 janvier 2026, la Maison de l’Avocat à Évry a accueilli le cinquième et dernier colloque du cycle dédié aux violences intrafamiliales, organisé par le Conseil Départemental de l’Accès au Droit de l’Essonne (CDAD 91), en partenariat avec l’Université d’Évry et le Barreau des avocats de l’Essonne. De 8h30 à 13h00, cette matinée dense a réuni magistrats, avocats, universitaires, professionnels du social et acteurs institutionnels autour d’un objectif commun : renforcer la réponse collective face aux violences intrafamiliales.
☕ Un accueil convivial pour ouvrir la matinée
Dès 8h30, les participants ont été accueillis autour d’un café et de viennoiseries, favorisant les premiers échanges informels. À 9h00, Maître Cassandre HUCHET, Bâtonnier de l’Essonne, a ouvert officiellement le colloque, rappelant l’importance de ce cycle de rencontres pour structurer une action cohérente et durable sur le territoire.
Le thème de cette ultime édition, « Une réponse collective aux violences intrafamiliales », annonçait une matinée centrée sur la coopération interprofessionnelle, la formation et l’innovation.
1️. Articuler l’action des différents acteurs : une étude de cas pour comprendre la chaîne judiciaire
La première séquence a pris la forme d’une étude de cas présentée par Maître Stéphanie PEDRO, avocate à la Cour, Présidente de la Commission Droits de l’enfant et de la Commission Victimes. À partir du dossier d’une ancienne cliente victime de violences intrafamiliales, chaque intervenant a exposé le rôle de son service, illustrant la mobilisation coordonnée de l’ensemble de la chaîne judiciaire.
Les contributions des intervenants : une vision globale et concrète
- M. Gilles BESNARD, Juge aux affaires familiales, a détaillé les critères de recevabilité de l’ordonnance de protection
- Mme Marie-Laure BOUBAS, Procureure de la République adjointe, a rappelé que le parquet rend systématiquement un avis et qu’une vérification de détention d’armes est toujours effectuée en cas de violences intrafamiliales
- M. Sylvain ROUX, Juge des Libertés et de la Détention, a présenté les trois procédures possibles :
- comparution immédiate
- convocation à délai différé (CDD)
- convocation par procès-verbal avec placement sous contrôle judiciaire (CPVCJ)
- Mme Camille CHANCEL, Juge des Enfants, a expliqué les modalités d’intervention du juge des enfants, notamment lorsque les mineurs sont exposés aux violences
- Mme Célia LEVIEZ, magistrate du pôle Correctionnel, a souligné l’importance de préserver les victimes lors des audiences, notamment grâce à des bancs réservés pour éviter les confrontations directes
- Mme Ghislaine GUILLOT-MORIZUR, référente VIF au Service de l’Application des Peines, a rappelé que le JAP intervient en fin de chaîne pénale et travaille en lien étroit avec le SPIP, qui informe notamment les victimes des décisions lorsqu’elles ne sont pas présentes. Elle a également souligné la nécessité d’améliorer la circulation de l’information, le JAP n’ayant pas d’accès direct aux victimes.
Cette séquence a mis en lumière la puissance d’une action judiciaire coordonnée et la nécessité d’un dialogue constant entre les services.
🗣️ Échanges et pause
Un temps d’échange avec les participants a permis d’approfondir les points soulevés et une pause conviviale a suivi.
2️. Former et sensibiliser les professionnels du droit : comprendre les mécanismes des violences intrafamiliales
La deuxième partie du colloque a porté sur les besoins de formation des professionnels du droit, afin de développer une culture commune autour des violences intrafamiliales.
Cette séquence a été animée par :
- M. Louis AVE, psychologue et coordinateur clinique de l’association TEMPO,
- M. Pierre-Guillaume PRIGENT, docteur en sociologie et enseignant à l’Université de Bretagne Occidentale.
🧠 Les apports de M. Louis AVE : biais cognitifs et réactions psychiques
M. Avé a expliqué que l’esprit humain recherche la cohérence et la rapidité, ce qui conduit à des biais cognitifs influençant la perception des violences :
- Biais de normalité : « cela existe, mais pas chez moi ».
- Croyance en un monde juste : chacun mériterait ce qui lui arrive.
Il a également clarifié plusieurs notions essentielles :
- Déni,
- Sidération,
- Clivage,
- Dissociation (« bon père mais mauvais mari »).
Il a rappelé que les forces de police sont désormais formées à l’écoute des victimes.
📚 Les apports de M. Pierre-Guillaume PRIGENT : contrôle coercitif et emprise
- Prigent a présenté le concept de contrôle coercitif, élaboré dans les années 1970 et remis en lumière en 2027. Il a introduit l’acronyme ICIV :
- Isolement
- Contrôle
- Intimidation
- Violences (physiques et sexuelles)
Il a souligné que :
- toutes les victimes ne sont pas nécessairement traumatisées
- le contrôle s’installe progressivement
- l’auteur cherche souvent à plonger la victime dans la confusion
3️. Les dispositifs novateurs au niveau local : le label LEAO
Mme Alice CARPENTIER, Déléguée aux droits des femmes auprès de la Préfète de l’Essonne, a présenté le label LEAO (Lieu d’Écoute, d’Accueil et d’Orientation), une porte d’entrée unique pour les victimes de violences conjugales.
Les LEAO proposent :
- des permanences téléphoniques
- des entretiens sur place
- un accompagnement avant, pendant ou après une séparation
En Essonne, trois associations sont labellisées :
- Paroles de Femmes – Le Relais
- Femmes Solidarités 91
- Léa Solidarités Femmes
Ces structures offrent un espace sécurisé pour parler, réfléchir et être orientée vers les dispositifs adaptés.
4️. Expériences étrangères et initiatives inspirantes : le modèle québécois
Mme Juliette LANÇON, magistrate et conseillère à la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes, a présenté plusieurs initiatives étrangères, notamment au Québec.
Le tribunal spécialisé (2021)
Objectifs :
- rebâtir la confiance des victimes
- offrir des services intégrés dans des lieux sécurisés
- garantir un accompagnement spécialisé et une formation continue
🫁 Le protocole sur les étranglements
Données clés :
- 94,5 % des victimes sont des femmes
- 46 % n’ont aucun symptôme visible
- l’étranglement augmente fortement le risque de décès, d’AVC et de séquelles neurologiques
- les victimes ont 7,5 fois plus de risques d’être tuées par leur conjoint
👧 Le programme “Témoin Enfant”
Destiné aux enfants de 5 à 17 ans, il vise à :
- réduire le stress
- améliorer la qualité du témoignage
- sans jamais évoquer les faits en cause
Dix compétences sont travaillées, dont : démontrer sa certitude, ne pas deviner, corriger les erreurs des adultes, suivre son rythme, demander des précisions…
🗣️ Échanges, clôture et buffet
Un dernier échange a permis de revenir sur les initiatives présentées. Le colloque s’est clôturé à 13h00, suivi d’un buffet convivial réservé aux intervenants.
Un cycle qui ouvre de nouvelles perspectives
Ce cinquième colloque marque la fin d’un cycle riche et structurant. Il aura permis de fédérer les acteurs essonniens autour d’une ambition commune : mieux prévenir, mieux repérer et mieux accompagner les situations de violences intrafamiliales.
Les échanges, les retours d’expérience et les initiatives présentées témoignent d’une mobilisation collective forte, appelée à se poursuivre et à s’amplifier.