Focus sur les situations de vulnérabilité
Le Conseil Départemental de l’Accès au Droit de l’Essonne, en partenariat avec l’Université d’Évry et le Barreau de l’Essonne, a organisé le lundi 15 décembre, à la Maison de l’Avocat d’Évry, le quatrième des cinq colloques consacrés aux violences intrafamiliales. De 9h00 à 13h00, intervenants et participants se sont réunis autour du thème central : « Violences et situations de vulnérabilité ».
☕Un accueil convivial et une ouverture institutionnelle
La matinée a débuté par un café d’accueil accompagné de viennoiseries, favorisant les échanges informels entre les participants. À 9h30, Maître Stéphanie PEDRO, Avocate à la Cour, Présidente de la Commission Droits de l’enfant et Présidente de la commission victimes, a officiellement ouvert le colloque, rappelant l’importance de ces rencontres pour renforcer la compréhension et la lutte contre les violences intrafamiliales.
Violences intra-familiales et handicap : la double peine
La première séquence, animée par Mme Charlotte Bacon et Mme Prune Gorget de l’association FDFA – Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, a mis en lumière les difficultés spécifiques rencontrées par les victimes en situation de handicap.
- Prise de parole et dénonciation souvent plus complexes
- Violences particulières : négligence, privation de soins, contrôle excessif par un proche ou un aidant
- Nécessité d’adapter l’accompagnement et de garantir un accès effectif aux droits
- Isolement
🗣️Un temps d’échange a permis aux participants de partager expériences et pistes d’amélioration.
Violences économiques et administratives : un angle mort
À 10h15, Mme Amale Toudrissin (Association Léa Solidarité Femmes) et Mme Awa Ba (Association EFAPO – En Finir Avec la Polygamie) ont abordé une forme de violence encore trop peu reconnue :
- Privation de ressources financières, contrôle des comptes bancaires, interdiction de travailler
- Exploitation administrative : confiscation de documents d’identité, dépendance aux aides sociales contrôlées par l’agresseur
- Intégration progressive de ces violences dans le droit et la jurisprudence
- Importance de prendre en compte les barrières linguistiques dans l’accompagnement des victimes
🌿 Actions mises en place par EFAPO pour lutter contre l’isolement
Atelier de cuisine (tous les 15 jours)
Un moment convivial où les participantes se retrouvent pour cuisiner ensemble, partager des recettes de leurs cultures et créer du lien. Cet atelier favorise l’entraide, la transmission et la découverte, tout en offrant un espace chaleureux pour sortir de l’isolement.
Atelier potager de partage
Un espace collectif où les femmes cultivent fruits, légumes et plantes aromatiques. Au-delà de l’apprentissage, le potager devient un lieu de rencontre, de coopération et de valorisation personnelle, permettant à chacune de contribuer à un projet commun.
Atelier de beauté (reprendre confiance en soi)
Un temps dédié au bien‑être, à l’estime de soi et au soin du corps. Les participantes y apprennent des techniques simples de mise en beauté, redécouvrent leur image et renforcent leur confiance, souvent fragilisée par les violences ou l’isolement.
Atelier de groupe de parole
Un espace sécurisé et bienveillant où les femmes peuvent s’exprimer librement, partager leurs expériences et être écoutées sans jugement. Animé par des professionnelles ou bénévoles formées, cet atelier aide à briser le silence, à libérer la parole et à reconstruire des repères.
Atelier d’écriture « Écrire son histoire »
Un atelier créatif qui invite les femmes à raconter leur parcours, leurs émotions et leurs aspirations. L’écriture devient un outil de reconstruction, de mise à distance des traumatismes et de valorisation de soi. C’est aussi un moyen de reprendre le contrôle de son récit.
Cyberviolences : la menace numérique
Après une pause, la réflexion s’est poursuivie avec Laure Salmona, directrice et cofondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement. Elle a proposé un éclairage essentiel sur les cyberviolences, un phénomène en pleine expansion qui touche massivement les femmes et les mineures. Elle montre comment ces violences, bien que commises via des outils numériques, ont des conséquences très concrètes dans la vie réelle.
🌐 Comprendre les cyberviolences : enjeux et spécificités
Laure Salmona rappelle que les cyberviolences regroupent toutes les violences commises à travers des outils numériques : réseaux sociaux, messageries, jeux en ligne, smartphones, objets connectés, applications de rencontre, etc. Elles se distinguent par plusieurs caractéristiques majeures :
- Aucune limite de temps ni d’espace : l’agression peut survenir à tout moment
- Persistance : les contenus peuvent rester en ligne indéfiniment
- Viralité : un message ou une image peut être diffusé massivement en quelques secondes
- Impact réel : ces violences numériques s’inscrivent dans la durée et se prolongent dans la vie quotidienne des victimes
💔 Cyberviolences au sein du couple
L’intervention met en lumière la manière dont les outils numériques deviennent des instruments d’emprise et de contrôle dans les relations violentes. La stratégie de l’agresseur repose notamment sur :
- La surveillance permanente pour isoler la victime
- La dévalorisation et la déshumanisation
- L’inversion de la culpabilité, facilitée par le cybercontrôle
- L’instauration d’un climat de peur et d’insécurité
- L’assurance d’une impunité, renforcée par les failles des dispositifs de signalement et de plainte
👧 Les mineures également touchées
Laure Salmona souligne que les mineures sont particulièrement exposées, notamment via le cyberharcèlement scolaire, le chantage à l’image intime, ou les violences dans les relations amoureuses adolescentes.
👩 Les femmes, principales cibles
Les femmes sont les premières victimes des cyberviolences, en particulier dans les contextes de sexisme, de misogynie ou de violences conjugales. Les chiffres montrent l’ampleur du phénomène : près d’un tiers des Français·es reconnaissent avoir déjà commis des cyberviolences.
👤 Des auteurs souvent connus
Contrairement à l’idée reçue de l’agresseur anonyme, la majorité des victimes connaissent l’auteur des violences : conjoint, ex‑conjoint, camarade, collègue, membre de la famille.
🚫 Des recours insuffisants
L’intervention insiste sur la méconnaissance des recours :
- Plus de la moitié des Français·es ne savent pas comment réagir ni vers qui se tourner en cas de cyberviolence.
- Les signalements aux plateformes restent souvent sans réponse ou sont jugés insatisfaisants.
- Le parcours judiciaire est semé d’obstacles :
- Moins de la moitié des plaintes aboutissent à des poursuites.
- Deux tiers des personnes se voient refuser le dépôt de plainte.
L’intervention de Monsieur Bossan, maître de conférences à Poitiers, propose une analyse criminologique, juridique et pratique des cyberviolences conjugales, en montrant comment les outils numériques deviennent des instruments de harcèlement, de contrôle et d’atteinte à la dignité des victimes.
Un phénomène criminologique massif
À partir des données du Centre Hubertine Auclert (2017‑2018), Monsieur Bossan rappelle l’ampleur du phénomène chez les femmes victimes de violences intrafamiliales :
- 90 % déclarent avoir subi des cyberviolences conjugales.
- 90 % disent que leur partenaire exigeait qu’elles soient joignables en permanence.
- 80 % ont reçu des insultes répétées via leur téléphone.
Ces chiffres montrent que les cyberviolences ne sont pas marginales : elles constituent un prolongement systématique des violences conjugales.
Les usages de la technologie dans les violences conjugales
Monsieur Bossan décrit quatre grands usages des outils numériques par les agresseurs :
1) Harceler
- Envoi de messages, SMS, images humiliantes ou insultantes
- Pression constante, intrusions répétées
2) Contrôler
- Surveillance des déplacements, des communications, des activités
- Emprise psychologique, physique et économique (contrôle des comptes, des accès numériques)
3) Surveiller
- Espionnage direct (géolocalisation, accès aux comptes, logiciels espions)
- Surveillance indirecte via les enfants, utilisés comme relais d’information
4) Abîmer
Sur le plan sexuel :
- Captation d’images intimes sans consentement
- Diffusion ou menace de diffusion
- Montages à caractère sexuel
Sur l’e-réputatione :
- Dénigrement public, slut‑shaming, body‑shaming
- Isolement numérique (exclusion des groupes, confiscation des outils)
- Raids numériques visant à humilier ou intimider
Comment lutter contre les cyberviolences conjugales
Monsieur Bossan rappelle deux principes essentiels :
- Se protéger sans se mettre en danger
- Ne pas effacer les preuves, indispensables pour les démarches judiciaires
Clôture et perspectives
🍽️La matinée s’est conclue par un buffet convivial réservé aux intervenants, permettant de prolonger les discussions. Ce colloque, riche en témoignages et en analyses, a souligné l’importance de reconnaître et de traiter toutes les formes de violences intrafamiliales, en particulier celles qui touchent les personnes les plus vulnérables.
📅 Vers le dernier rendez-vous
Le cycle se poursuivra avec un dernier colloque prévu le lundi 12 janvier 2026, pour lequel l’inscription est obligatoire via le QR code communiqué.